Les démonstratifs turcs : bu, şu, o expliqués
Comment fonctionnent les démonstratifs turcs : les trois degrés bu, şu et o, pourquoi le même mot ne change jamais devant un nom mais prend une désinence de cas lorsqu'il est seul, et la consonne de liaison n qui apparaît avant chaque terminaison de cas et de pluriel (bunu, buna, bunlar).
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Le turc a trois démonstratifs, non pas deux : un pour ce qui est proche, un pour ce que l'on vient de désigner, et un pour ce qui est lointain.
Ce que font les démonstratifs
Là où le français se contente de « ceci » et « cela », le turc dispose de trois mots pour désigner : bu pour ce qui est proche de celui qui parle, şu pour ce que l'on désigne pour la première fois, et o pour ce qui est plus éloigné. Ce même o est aussi le mot courant pour « il », « elle » et « cela ».
Chacun des trois joue deux rôles. Placé devant un nom, il fonctionne comme un déterminant et ne change jamais de forme : bu kitap, c'est « ce livre », şu masa « cette table », o ev « cette maison ». Employé seul à la place d'un nom, il devient un pronom et prend la désinence de cas qu'exige la phrase.
La consonne de liaison n
Une désinence de cas ou de pluriel ne se greffe jamais directement sur un démonstratif nu. Un -n- s'intercale d'abord : pour faire de bu le complément d'objet d'un verbe, on construit bu + -n- + -u, ce qui donne bunu, « celui-ci ». Ce même -n- porte ensuite chaque cas et le pluriel — buna « à celui-ci », bunda « dans celui-ci », le pluriel bunlar « ceux-ci ».
| Démonstratif | Avec la liaison | Accusatif |
|---|---|---|
| bu | bu + n + u | bunu |
| şu | şu + n + u | şunu |
| o | o + n + u | onu |
Omettez le -n- et deux voyelles se heurtent en des formes que personne ne prononce : buu pour bunu, bua pour buna. La consonne de liaison est là pour tenir la désinence à l'écart de la voyelle propre au démonstratif.
Cinq formes, une seule liaison
Chacune de ces formes est un démonstratif employé seul avec une désinence de cas, et chacune montre le -n- qui retient la terminaison. Lisez le cas dans la glose.
| Turc | Décomposition | Français |
|---|---|---|
| bunu | bu + n + u | celui-ci (comme complément) |
| buna | bu + n + a | à celui-ci |
| bunda | bu + n + da | dans celui-ci |
| şunu | şu + n + u | celui-là (comme complément) |
| onu | o + n + u | lui, elle, cela |
Devant un nom ou seul
La ligne à tenir est de savoir si le démonstratif se place devant un nom ou en remplace un. Devant un nom, il est un déterminant et reste nu, et toute désinence de cas se pose alors sur le nom : bu kitap, c'est « ce livre », et pour dire « ce livre » comme complément, on marque le nom, non bu.
Retirez le nom et le démonstratif doit porter le cas lui-même. C'est alors qu'apparaît la consonne de liaison : employé seul, « celui-ci » comme complément est bunu, « à celui-ci » est buna, « celui-là » est şunu. Ainsi bu dans bu kitap reste inchangé, tandis que bunu employé seul est pleinement fléchi.
Proche, désigné, et lointain
- bu — proche de celui qui parle, ou déjà en vue. « Ceci. »
- şu — ce que l'on désigne pour la première fois, souvent d'un regard ou d'un geste. « Celui-ci, juste là. »
- o — ce qui est plus éloigné, et le mot courant pour « il », « elle » et « cela ».
Le terme du milieu, şu, est celui pour lequel le français n'a pas d'équivalent unique. Il attire l'attention de l'interlocuteur sur quelque chose de nouveau — le bol vers lequel on tend justement la main, ou une remarque que l'on s'apprête à faire — là où bu désigne une chose déjà en jeu.
Les formes du pluriel
Le pluriel fonctionne de la même façon : le -n- s'insère avant -lar, jamais sur le démonstratif nu. Ainsi bu donne bunlar « ceux-ci », şu donne şunlar « ceux-là », et o donne onlar.
Comme o sert aussi de « il », « elle » et « cela », son pluriel onlar est également le mot courant pour « ils » et « elles » — une seule forme couvre à la fois « ceux-là » et « ils », et c'est la phrase qui tranche.
| Turc | Décomposition | Français |
|---|---|---|
| bunlar | bu + n + lar | ceux-ci |
| şunlar | şu + n + lar | ceux-là |
| onlar | o + n + lar | ils, ceux-là |
Questions fréquentes
- Quelle est la différence entre bu, şu et o ?
- Tous trois désignent, à des distances différentes. bu s'emploie pour ce qui est proche de celui qui parle, o pour ce qui est lointain, et şu pour ce sur quoi le locuteur attire l'attention pour la première fois, généralement d'un geste. o est aussi le mot ordinaire pour « il », « elle » et « cela ».
- Pourquoi dit-on bunu et non buu ?
- Parce qu'une désinence de cas ne peut se greffer directement sur un démonstratif nu. Une consonne de liaison -n- s'intercale entre les deux, si bien que bu plus l'accusatif donne bunu, et non buu. Ce même -n- porte le pluriel, ce qui donne bunlar.
- Le démonstratif change-t-il de forme devant un nom ?
- Non. Devant un nom, il est un déterminant et reste nu — bu kitap, c'est « ce livre », et la désinence de cas se pose sur le nom. Il ne se fléchit que lorsqu'il est employé seul à la place d'un nom, et c'est alors qu'apparaît la consonne de liaison : bunu, buna.
- o est-il aussi le mot pour « il » et « elle » ?
- Oui. o est à la fois le démonstratif de l'éloignement « celui-là » et le pronom de troisième personne « il », « elle », « cela ». Son pluriel onlar signifie de même aussi bien « ceux-là » que « ils ». C'est la phrase qui distingue les deux.