Cas génitif turc : -in et -nin expliqués
Comment le génitif turc marque le possesseur : l'harmonie vocalique à quatre voies, la consonne de liaison -n- après une voyelle, les formes des pronoms, et pourquoi un mot comme evin peut signifier à la fois « de la maison » et « ta maison ».
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Le génitif marque le possesseur — « de la maison », « du livre », « d'Ali » — et sa terminaison s'harmonise de quatre façons.
Ce que fait le génitif
Le génitif transforme un nom en possesseur. Posez-le sur ev « maison » et vous obtenez evin, « de la maison » ou « appartenant à la maison » ; posez-le sur le nom Ali et vous obtenez Ali'nin, « d'Ali ». Une seule terminaison porte tout le sens, et sa voyelle est fixée par l'harmonie.
Là où le français place le possesseur après la chose possédée — « la couverture du livre » — le turc fait l'inverse et marque directement le possesseur. Cette terminaison se pose toujours sur celui qui possède, jamais sur la chose possédée.
L'harmonie vocalique choisit la terminaison
C'est un seul suffixe en huit graphies — quatre après une consonne, quatre après une voyelle. Après une consonne, la terminaison s'attache directement au radical, sa voyelle choisie de quatre façons par l'harmonie : evin, günün. Après une voyelle, une consonne de liaison -n- s'intercale d'abord, si bien que araba devient arabanın.
| Dernière voyelle | Après une consonne | Après une voyelle |
|---|---|---|
| e · i | -in | -nin |
| a · ı | -ın | -nın |
| o · u | -un | -nun |
| ö · ü | -ün | -nün |
La voyelle du suffixe reprend la dernière voyelle du radical sur deux points à la fois — antérieure ou postérieure, et arrondie ou non — ce qui donne quatre voyelles plutôt que deux. Prononcez okulun puis günün à voix haute et vous entendrez l'arrondissement tirer la terminaison vers -un et -ün.
Les radicaux terminés par une consonne
Chacun de ces radicaux se termine par une consonne, si bien que la terminaison s'attache sans rien entre les deux. Le seul changement d'orthographe se produit à l'intérieur du radical : kitap adoucit son p final en b devant la voyelle de la terminaison, ce qui donne kitabın.
| Turc | Décomposition | Français |
|---|---|---|
| evin | ev + in | de la maison |
| kitabın | kitab + ın | du livre |
| okulun | okul + un | de l'école |
| günün | gün + ün | du jour |
Les radicaux terminés par une voyelle
Lorsque le radical se termine par une voyelle, la consonne de liaison -n- maintient les deux voyelles à distance : araba donne arabanın, et la forme sans liaison arabaın n'existe pas. Sur un nom propre, la terminaison s'écrit après une apostrophe, ce qui laisse le nom lui-même intact : Ali'nin, Türkiye'nin.
| Turc | Décomposition | Français |
|---|---|---|
| arabanın | araba + nın | de la voiture |
| Ali'nin | Ali + nin | d'Ali |
| Türkiye'nin | Türkiye + nin | de la Turquie |
De la maison, ou ta maison ?
Après une consonne, la terminaison du génitif et celle du possessif de deuxième personne s'écrivent de la même façon, si bien que evin se lit de deux manières : le possesseur « de la maison », ou la chose possédée « ta maison ». C'est la phrase qui tranche. Expliciter le pronom — senin evin, « ta maison » — force la seconde lecture ; isolé, evin est pris pour le génitif.
| Turc | Décomposition | Français |
|---|---|---|
| evin | ev + in | de la maison — ou « ta maison » |
Le possesseur n'est que la moitié du groupe
Un possesseur reste rarement seul. Il ouvre un groupe dont la seconde moitié — la chose possédée — porte sa propre terminaison : Ali'nin « d'Ali » rejoint evi « sa maison » pour former Ali'nin evi, « la maison d'Ali ». Ce sujet traite la première moitié, le génitif sur le possesseur ; la terminaison sur le second mot relève du sujet du groupe possessif.
| Turc | Décomposition | Français |
|---|---|---|
| Ali'nin | Ali + nin | d'Ali |
Demander à qui appartient
Pour demander qui est le possesseur, le turc emploie kimin, « à qui » — lui-même le génitif du mot signifiant « qui ». La réponse revient elle aussi au génitif : posez la question kimin et la réponse est un possesseur comme Ali'nin, benim ou senin.
Les formes des pronoms
Les pronoms personnels ont leur propre petit jeu de génitifs. La plupart sont réguliers — senin, sizin, onların et onun, où o prend la consonne de liaison -n-. Deux sont irréguliers : ben et biz se terminent par -im au lieu du -in que l'on prédirait, ce qui donne benim et bizim ; la forme benin, d'apparence si régulière, n'existe pas.
| Turc | Décomposition | Français |
|---|---|---|
| benim | ben + im | mon ; le mien |
| senin | sen + in | ton ; le tien |
| onun | o + nun | son ; le sien |
| bizim | biz + im | notre ; le nôtre |
| sizin | siz + in | votre ; le vôtre (pluriel ou de politesse) |
| onların | onlar + ın | leur ; le leur |
Un nom prend une autre consonne de liaison
Un nom terminé par une voyelle refuse la consonne de liaison habituelle. Là où araba prend -n- pour donner arabanın, le nom su « eau » recourt plutôt à -y-, ce qui donne suyun. La forme sunun, d'apparence régulière, ne s'emploie pas.
| Turc | Décomposition | Français |
|---|---|---|
| suyun | su + yun | de l'eau |
Questions fréquentes
- Comment choisir entre -ın, -in, -un et -ün ?
- D'après la dernière voyelle du radical, appariée de quatre façons : e et i prennent -in, a et ı prennent -ın, o et u prennent -un, ö et ü prennent -ün. Après une voyelle, une consonne de liaison -n- vient d'abord, si bien que araba donne arabanın.
- Pourquoi dit-on arabanın et non arabaın ?
- Parce que araba se termine par une voyelle, et le turc ne laisse pas la voyelle de la terminaison se poser directement contre elle. Une consonne de liaison -n- s'intercale entre les deux, ce qui donne arabanın ; la forme arabaın, voyelle contre voyelle, n'est pas du turc.
- evin signifie-t-il « de la maison » ou « ta maison » ?
- Les deux sont possibles. Après une consonne, le génitif et le possessif de deuxième personne s'écrivent de la même façon, si bien que evin est le possesseur « de la maison » ou la chose possédée « ta maison », et c'est la phrase qui tranche. Ajouter le pronom, senin evin, le fixe à « ta maison ».
- Pourquoi dit-on benim et non benin ?
- Parce que ben « je » et biz « nous » prennent la terminaison -im, non le -in que l'harmonie donnerait autrement — le génitif est donc benim et bizim, et benin n'existe pas. Les autres pronoms sont réguliers : senin, sizin, onun, onların.