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L'aoriste turc : les suffixes -Ir et -Ar expliqués

Comment fonctionne l'aoriste turc — la voyelle basse a/e que prennent la plupart des verbes courts, la voyelle haute du groupe figé gelir et görür, l'harmonie à quatre degrés, la négation en -maz avec sa première personne particulière, et son emploi pour les habitudes, les vérités générales et les propositions.

Ekle ·

L'aoriste est le temps des habitudes, des vérités générales et de la bonne volonté — ce que l'on fait par principe, ce qui est toujours vrai, et ce qu'un locuteur propose volontiers de faire.

Ce que l'aoriste exprime

L'aoriste rend compte de ce qui vaut en général, plutôt que de ce qui est en cours à l'instant. gelir signifie « il vient » — par principe, par habitude — et non « il est en train de venir » en ce moment. C'est la forme que l'on emploie pour énoncer une routine, un fait établi, ou une disposition à agir.

Trois sortes de sens reposent sur ce seul temps : une habitude que l'on répète, une vérité toujours valable, et une proposition ou disposition à faire quelque chose. koşarım peut signifier « je cours » par habitude ou « je vais courir » comme proposition enjouée, et les deux relèvent de l'aoriste.

Quelle voyelle prend le radical

La plupart des verbes d'une syllabe terminés par une consonne prennent une voyelle basse, a ou e. bak « regarder » donne bakar et yaz « écrire » donne yazar. C'est l'aoriste par défaut pour ce groupe, celui que l'on suppose tant que rien n'indique le contraire.

Un petit groupe figé de verbes courants d'une syllabe prend plutôt une voyelle haute. gel « venir » donne gelir, et notre propre verbe gör « voir » donne görür. Rien dans la sonorité du verbe ne prédit l'appartenance à ce groupe ; on l'apprend par cœur, et la liste est détaillée plus bas.

Les verbes de plus d'une syllabe, ainsi que les verbes terminés par une voyelle, prennent eux aussi la voyelle haute — réduite à un simple r juste après une voyelle. çalış « travailler » donne çalışır, oku « lire » donne okur, et kayna « bouillir » donne kaynar.

Comment la voyelle haute s'harmonise

Quand la voyelle de l'aoriste est haute, elle s'harmonise de quatre façons avec la dernière voyelle du radical, en accordant à la fois son timbre antérieur ou postérieur et son arrondissement. Le tableau associe chaque classe de voyelle du radical à la terminaison qu'elle impose.

Dernière voyelle du radicalTerminaisonExemple
a · ı-ırçalışır
e · i-irgelir
o · u-urokur
ö · ü-ürgörür

Ainsi un radical en a ou ı prend -ır, comme dans çalışır ; un radical en e ou i prend -ir, comme dans gelir ; un radical en o ou u prend -ur, comme dans okur ; et un radical en ö ou ü prend -ür, comme dans görür. La consonne r ne change jamais ; seule la voyelle qui la précède se déplace.

Les désinences de personne

Les désinences de personne viennent après la voyelle de l'aoriste — la même série pronominale que celle du présent progressif. koş « courir » donne koşar « il court », et « je cours » ajoute par-dessus la désinence de première personne : koşarım.

Un mot complet suit l'ordre radical + aoriste + personne, comme dans görürüm « je vois » et görürsün « tu vois ». Toutes les autres personnes occupent le même emplacement, et la conjugaison complète est générée sous forme de paradigme.

TurcDécompositionFrançais
koşarımkoş + ar + ımje cours

Quatre formes détaillées

Lisez chacune de ces formes comme un énoncé général — ce que l'on fait par principe, non ce qui se passe au moment où vous parlez.

TurcDécompositionFrançais
bakarbak + aril regarde / il observe
gelirgel + iril vient
görürgör + üril voit
okuroku + ril lit

L'aoriste face au présent progressif

Le turc sépare nettement l'habitude de l'instant. L'aoriste koşarım signifie « je cours » comme habitude — chaque jour, en général. Le présent progressif koşuyorum signifie « je suis en train de courir » à l'instant même. Le français fond les deux dans « je cours » ; le turc, non, si bien que choisir l'aoriste, c'est choisir de parler de la règle et non du moment.

TurcDécompositionFrançais
koşarımkoş + ar + ımje cours (par habitude), non je suis en train de courir

Habitudes et routines

L'emploi le plus courant est l'habituel — ce qui se produit encore et encore. Ajoutez une expression de temps comme her gün « chaque jour » et l'aoriste désigne une routine bien établie : her gün koşarım signifie « je cours chaque jour ». Employé seul, gelir se lit déjà comme « il vient » au sens de « par principe ».

TurcDécompositionFrançais
koşarımkoş + ar + ımje cours (par habitude)
gelirgel + iril vient (régulièrement)

Vérités générales

L'aoriste énonce aussi ce qui est toujours vrai — un fait scientifique, une propriété permanente. su yüz derecede kaynar signifie « l'eau bout à cent degrés », une vérité qui vaut indépendamment de tout moment particulier ; le verbe seul est kaynar « elle bout ».

TurcDécompositionFrançais
kaynarkayna + relle bout

Propositions et bonne volonté

Dans les questions et les énoncés à la première personne, l'aoriste porte la bonne volonté — une proposition, ou une disponibilité polie. bir çay içer misiniz signifie « voudriez-vous boire un thé ? », une vraie proposition et non un constat, et ben yaparım « je le ferai » marque un empressement. Employé seul, içer redevient l'habituel « il boit ».

TurcDécompositionFrançais
içeriç + eril boit

La négation prend une forme à part

L'aoriste négatif n'est pas le positif auquel on aurait ajouté un « ne… pas » à part — il porte son propre suffixe, une forme en -maz ou -mez. gel « venir » donne gelmez « il ne vient pas », et bak donne bakmaz « il ne regarde pas ».

La première personne s'écarte ensuite même de ce schéma. « je ne viens pas » se dit gelmem, sans aucun z, et « nous ne venons pas » se dit gelmeyiz. Construire la première personne sur -mez pour obtenir gelmezim est l'erreur à éviter : le singulier laisse tomber le z et se termine par un simple m.

TurcDécompositionFrançais
gelmezgel + mezil ne vient pas
gelmemgel + me + mje ne viens pas

Les verbes qui prennent la voyelle haute

Un ensemble fermé de verbes d'une syllabe très courants prend la terminaison à voyelle haute là où le défaut donnerait la basse. Aucune règle ne gouverne l'appartenance ; on apprend l'ensemble comme une liste. Notre lemme gör « voir » et son aoriste görür en font partie, aux côtés de ceux-ci :

Quelques verbes de plus figurent dans le même groupe, parmi lesquels bulur « trouve » et durur « s'arrête, se tient debout ». Comme rien dans le verbe ne signale quelle voyelle il réclame, les apprenants appliquent souvent à l'excès la basse et produisent les formes fautives geler et görer pour gelir et görür ; pousser une voyelle haute en sens inverse sur un radical à voyelle basse donne la forme fautive yazır pour yazar.

Un verbe voisin se transforme par une autre voie : git « aller » sonorise son t final en d et garde la voyelle basse, donnant gider « il va ». C'est un changement phonétique à la jonction, non une appartenance au groupe à voyelle haute.

TurcDécompositionFrançais
gelirgel + iril vient
görürgör + üril voit

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'aoriste turc ?
C'est le temps des habitudes, des vérités générales et de la bonne volonté. gelir signifie « il vient » par principe ; su yüz derecede kaynar « l'eau bout à cent degrés » énonce un fait permanent ; et une forme à la première personne comme ben yaparım « je le ferai » propose d'agir. Il rend compte de ce qui vaut en général, non de ce qui se passe en ce moment.
Quelle est la différence entre koşarım et koşuyorum ?
koşarım est l'aoriste — « je cours » comme habitude, quelque chose que l'on fait régulièrement ou en général. koşuyorum est le présent progressif — « je suis en train de courir » à l'instant même. Le français emploie « je cours » pour les deux ; le turc marque l'habitude et l'action en cours par des temps différents.
Comment forme-t-on la négation de l'aoriste turc ?
L'aoriste négatif possède son propre suffixe, et non un mot séparé pour « ne… pas ». Pour la plupart des personnes, c'est une forme en -maz ou -mez : gelmez « il ne vient pas », bakmaz « il ne regarde pas ». La première personne se distingue encore — « je ne viens pas » est gelmem et « nous ne venons pas » est gelmeyiz, si bien que gelmezim est fautif.
Quels verbes prennent la voyelle haute à l'aoriste, comme gelir et görür ?
Un petit groupe figé de verbes courants d'une syllabe le fait — il n'y a pas de règle, on les apprend donc comme un ensemble : almak → alır, bilmek → bilir, gelmek → gelir, görmek → görür, olmak → olur, kalmak → kalır. La plupart des autres verbes d'une syllabe prennent plutôt la voyelle basse, comme dans bakar et yazar.

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