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Le datif en turc : -e, -a, -ye, -ya expliqué

Comment fonctionne le suffixe datif turc — l'harmonie vocalique à deux formes qui choisit -e ou -a, la consonne de liaison -y- après une voyelle, l'adoucissement de p/ç/t/k dans kitaba, les verbes qui le régissent, et les datifs supplétifs bana et sana.

Ekle ·

Le datif marque la direction et le but — le mouvement « vers » un lieu ou une personne — et sa voyelle s'accorde de deux façons avec la dernière voyelle du mot auquel il s'attache.

Ce que fait le datif

Le turc n'a pas de mot séparé pour « à » ou « vers ». Un suffixe fait le même travail, collé directement au nom : eve signifie « à la maison » et okula « à l'école ». Un seul suffixe, et l'orthographe que l'on emploie dépend uniquement de la dernière voyelle du nom.

La même désinence marque le complément d'objet indirect — la personne ou la chose que vise une action : à qui l'on donne quelque chose, à qui l'on parle, ce que l'on montre du doigt. Là où le français recourt à « à » ou « vers », le turc emploie cette seule désinence.

L'harmonie vocalique choisit la terminaison

La voyelle du suffixe reprend le caractère antérieur ou postérieur de la dernière voyelle du nom. Les voyelles antérieures — e, i, ö, ü — prennent -e, donc ev devient eve. Les voyelles postérieures — a, o, u et le ı sans point — prennent -a, donc okul devient okula.

Dernière voyelleAprès une consonneAprès une voyelle
e · i · ö · ü-e-ye
a · ı · o · u-a-ya

Seule la distinction antérieure/postérieure de la dernière voyelle compte ici ; que la voyelle soit arrondie ou non n'y joue aucun rôle. C'est pourquoi le datif a deux formes vocaliques et non quatre — -e après une voyelle antérieure et -a après une voyelle postérieure.

La consonne de liaison et l'adoucissement

Quand le mot se termine déjà par une voyelle, une consonne de liaison -y- se glisse pour que les deux voyelles ne se rencontrent jamais : araba devient arabaya et kapı devient kapıya. Cette terminaison de liaison forme la troisième colonne du tableau ci-dessus — -ye et -ya ne sont que -e et -a précédés du glide. Omettez-le et vous tombez sur le arabaa fautif, que personne ne dit.

Un mot terminé par p, ç, t ou k adoucit cette consonne finale devant la désinence, car le suffixe s'ouvre par une voyelle : le p de kitap devient b, ce qui donne kitaba. Oubliez l'adoucissement et vous écrivez le kitapa fautif.

Cinq formes détaillées

Chacune de ces formes nomme une destination ou un but — lisez-les toutes comme la réponse à la question « vers où ? ».

TurcDécompositionFrançais
eveev + eà la maison
okulaokul + aà l'école
arabayaaraba + yavers la voiture
kapıyakapı + yavers la porte
kitabakitab + aau livre

Mouvement ou localisation

Il est utile de bien séparer le datif du locatif, le cas du lieu où l'on se trouve. Le datif, c'est le mouvement vers — eve, « (aller) à la maison » ; le locatif, c'est le repos dans un lieu — evde, « (être) à la maison ». L'un répond à « vers où ? », l'autre à « où ? ». Le français emploie « à » dans les deux cas ; le turc, lui, les distingue par la désinence.

Direction et destination

L'emploi central est le mouvement physique vers quelque chose. Associez eve ou okula à un verbe de déplacement et le nom devient la destination : eve gitmek signifie « aller à la maison » et okula gitmek « aller à l'école ». C'est la désinence sur le nom qui porte le « à » du français.

Les verbes qui régissent le datif

Un ensemble de verbes turcs place leur objet au datif là même où le verbe français prend un objet direct. bakmak signifie « regarder », et ce que l'on regarde se met au datif : sana bakmak signifie « te regarder ». başlamak, « commencer », fonctionne de la même façon : okula başlamak signifie « commencer l'école ». Ici la désinence ne traduit plus « à » du tout — c'est le cas que le verbe réclame, si bien que ces verbes méritent d'être appris avec le datif qu'ils régissent.

TurcDécompositionFrançais
sanasan + aà toi / vers toi
okulaokul + aà l'école

Les noms propres prennent une apostrophe

Sur un nom propre, le datif s'écrit après une apostrophe, ce qui laisse le nom intact : Ali'ye signifie « à Ali ». L'apostrophe ne change que l'orthographe — l'harmonie choisit toujours la voyelle d'après la dernière voyelle du nom, et la liaison apparaît toujours après une voyelle finale, exactement comme dans n'importe quel autre mot.

TurcDécompositionFrançais
Ali'yeAli + yeà Ali

Les formes irrégulières des pronoms

Les pronoms ben (« je ») et sen (« tu ») rompent le schéma. Leur datif n'est pas la forme régulière attendue mais bana « à moi » et sana « à toi » — le radical lui-même se transforme, ben en ban- et sen en san-, avant que la désinence ne s'ajoute. Ces deux formes méritent d'être mémorisées telles quelles.

TurcDécompositionFrançais
banaban + aà moi
sanasan + aà toi

Questions fréquentes

Quand le datif est-il -e et quand est-il -a ?
Cela dépend de la dernière voyelle du mot. Les voyelles antérieures — e, i, ö, ü — prennent -e, comme dans eve ; les voyelles postérieures — a, o, u et le ı sans point — prennent -a, comme dans okula. Seule la distinction antérieure/postérieure compte, il n'y a donc que ces deux formes vocaliques. Après une voyelle, une consonne de liaison -y- apparaît, ce qui donne -ye et -ya : arabaya, kapıya.
Pourquoi dit-on arabaya et non arabaa ?
Parce que araba se termine par une voyelle, et le turc ne laisse pas deux voyelles se rencontrer à la jointure. Une consonne de liaison -y- se glisse entre le radical et la désinence, ce qui donne arabaya. La forme arabaa, avec les voyelles qui se heurtent, n'est pas du turc. La même liaison transforme kapı en kapıya.
Quelle est la différence entre le datif et le locatif ?
Ils marquent des rapports différents au lieu. Le datif, c'est le mouvement vers : eve signifie « (aller) à la maison », le but d'un déplacement. Le locatif, c'est le fait de s'y trouver, sans mouvement : evde signifie « (être) à la maison ». Le français emploie « à » dans les deux cas, alors que le turc les distingue par la désinence.
Pourquoi certains verbes turcs exigent-ils le datif quand le verbe français ne le fait pas ?
Parce qu'un verbe régit un cas, et pour ces verbes ce cas est le datif alors même que le français emploie un objet direct. bakmak signifie « regarder », donc ce que l'on regarde se met au datif : sana bakmak signifie « te regarder ». başlamak, « commencer », fonctionne pareil : okula başlamak signifie « commencer l'école ». La désinence ne traduit pas « à » ; c'est le cas que le verbe réclame, et il vaut mieux l'apprendre avec le verbe.

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